Commune de CHATEAU CHINON

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François Mitterrand, Maire de Chateau Chinon

 

 

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"J'ai
été vingt deux ans Maire d'une petite commune, mon cher Château-Chinon.
C'est vous dire que je me trouve parmi vous assez à l'aise, peut-être impressionné par cette vaste assemblée, par tout ce qu'elle représente : et je le suis. Je tiens à vous dire le plaisir que j'éprouve et l'honneur que je ressens de pouvoir être, en ce jour, le Président de la République que reçoivent les Maires de France".


François MITTERRAND - Novembre 1994
Congrès des Maires de France

 

Château-Chinon et François Mitterrand
par René-Pierre Signé, Sénateur Honoraire 

« La Nièvre est le pays de ma vie » (François Mitterrand). Pourtant, François Mitterrand n’était pas un enfant du Morvan.

 

François Mitterrand a connu Château-Chinon par un heureux hasard, un détour imprévu du destin. Mais il aimait ce pays, cet horizon « qui toujours finit et recommence », comme le disait un poète local, les automnes flamboyants, la chaleur des étés qui font mûrir les airelles, la sérénité des soirs où la clarté se prolonge. Il y humait, respirait la France. Là, à Bibracte, par l’alliance des Eduens et des Arvernes contre l’envahisseur romain, s’était amorcée, disait-il, la première ébauche de l’unité nationale.

Elu en 1946 député de la Nièvre, il échoua à deux reprises pour la conquête de la mairie de Nevers. Une élection partielle au conseil général à Montsauche, en 1949, l’attira dans le Morvan ; il ne devait plus le quitter.

Quand en 1958 le Général de Gaulle modifia le mode électoral des législatives et que d’une élection départementale, on passa à une élection par circonscription, il choisit tout naturellement celle du Morvan, Clamecy – Château-Chinon. Il abandonnait Nevers dont l’électorat y était trop instable « mouvant, disait-il, comme les sables de la Loire ».

Il fût battu, dans la grande vague gaulliste de novembre 1958, après une élection triangulaire difficile, mais il comprit que pour conforter son ancrage dans la circonscription, il devait conquérir une mairie et si possible Clamecy ou Château-Chinon. Clamecy était tenue par le Dr Barbier, son suppléant, qui lui offrait sa place. Outre qu’il ne souhaitait pas le déposséder, il pensait que Château-Chinon était phonétiquement et médiatiquement plus porteur. Château-Chinon avait quelque chose de noble et d’historique, même s’il y avait quelquefois confusion avec Chinon, ce qui lui fit dire plus tard, à mon ami Yves Dauge, Sénateur-Maire de Chinon : « vous êtes le maire de Chinon mais c’est vous qui avez le château ! ».

Maire en mars 59, mairie conquise sur un maire socialiste mais le divorce était consommé depuis le référendum constitutionnel entre Mitterrand et la SFIO, il fût élu sénateur en avril 59. Son mandat de maire, remporté de haute lutte, l’avait puissamment aidé. A cette ville, qui avait une histoire, il redonna son lustre de capitale régionale, petite et modeste capitale d’une petite et modeste région mais enfin ! Il eût le mérite, au demeurant, de la faire connaître, elle qui n’avait jamais eu, ni élu célèbre, ni homme célèbre. Château-Chinon, la cime blanche en celtique, oubliée depuis que Bibracte –dont elle était une citadelle avancée- avait disparu pour devenir Augustodunum, Autun, était restée une petite bourgade au milieu d’une forêt où l’on ne s’aventurait qu’à regret et jamais sans dommage, si bien que la conquête du Morvan se résumait à la prise de Château-Chinon.

Certes, Château-Chinon avait une histoire ; elle fut mouvementée, ponctuée de batailles, de sièges, de famines, d’incendies, de destructions dont celle consommée par les troupes du Téméraire en 1475 qui défigurèrent la ville en détruisant le château qui la couronnait.

François Mitterrand lui redonna un nom. Je me souviens d’une anecdote qui résume tout et caractérise, de façon plaisante, l’apport de François Mitterrand à Château-Chinon. Je la tiens de Pierre Bérégovoy alors Premier Ministre reçu par le Premier Ministre Japonais : « Mais je vous connais, Monsieur Bérégovoy. Vous êtes Premier Ministre mais vous êtes aussi maire de Nevers. Et bien Nevers, je sais où c’est, c’est à côté de Château-Chinon ! ».


Venu dans la Nièvre, un peu par hasard (mais le hasard fait bien les choses), envoyé par H. Queuille, qui fut un faiseur de Présidents (à défaut de l’avoir été lui-même (il l’eût été en 1939 s’il n’y avait pas eu des menaces de guerre), ayant bien connu François Mitterrand et Jacques Chirac parmi ses jeunes élèves même si leurs voies divergèrent, avec cette recommandation : « allez dans la Nièvre, on vous offre une place c’est qu’il n’y en a pas. Vous réussirez si vous écoutez tout le monde et n’en faites qu’à votre tête ». « Dans la Nièvre, mais je n’y connais personne ». « Raison de plus, vous n’y avez pas d’ennemis ».

C’était l’époque du tripartisme. F. Mitterrand candidat RGR, proche du parti radical honni de tous parce qu’il portait aux yeux de l’opinion le poids de la défaite de 1940, n’était ni attendu, ni désiré. Le Préfet refusait d’enregistrer sa candidature bien qu’elle soit déposée dans les délais. « Et la loi ? ». « Elle ne s’applique pas pour vous, vous êtes venu troubler le jeu ». Sa candidature fut finalement acceptée à 23 h 45, ¼ d’heure avant la clôture .

Elu avec 23 % des suffrages dans un département qu’il ne connaissait pas trois jours avant. Le RGR avait passé une alliance avec le PRL, parti de Droite, pour éviter les doubles candidatures, à cette époque où le tripartisme régnait en maître, alliance de circonstance mais non alliance d’unité ou de programme. FM le dit clairement, au lendemain de l’élection mais ainsi perdura, tenace, sa légende d’homme de Droite.

Le mandat de maire l’intéressait, un peu à la manière de Jules Renard, ce Nivernais qu’il appréciait et dont il lisait avec délectation le journal. Il ne le concevait pas sans lien intime avec la population, sans le lien intime que tissent les responsabilités locales.

« J’ai été pendant 22 ans Maire d’une petite ville de la Nièvre, j’ai été pendant 17 ans Président du Conseil Général et j’ai été pendant 35 ans député du même endroit avant que ma carrière ne fut interrompue -d’autres diront brisée-, par mon élection à la présidence de la République ».

« Je dois dire que je suis revenu après ses moments difficiles dans la Nièvre, dans le Morvan, à Château-Chinon, à Montsauche, j’y ai retrouvé la confiance, la sérénité. Les meilleurs moments de ma vie politique se sont passés là, pour ce qui concerne ma joie de vivre, l’intérêt que je porte à mes mandats politiques. Il ne faut pas oublier que pratiquement chaque semaine, je vais là bas. J’ai vraiment les pieds ancrés dans ce sol, ces 25 ans se sont passés en contact permanent avec les hommes et la nature du Morvan et de la Nièvre. C’est ma joie principale ».

Sa première conviction était que la République n’est forte que si la démocratie locale est vivante « il n’y a pas de véritable démocratie sans libertés locales réelles, vivantes et garanties ».

A partir de là, il ajoutait :

« Certains diront que 38.000 communes dans un pays de 60 millions d’habitants, c’est trop de dispersion et d’inefficacité. Sur le plan des grands investissements et l’exécution technique, on peut l’admettre mais je préfère alors le syndicat intercommunal ».

La disparition du plus humble hameau, d’un conseil municipal l’inquiétait « c’est déjà une perte de substance pour le pays, ce sont des gens abandonnés ».

Dans le même temps, il saluait les élus, souvent critiqués, si souvent soupçonnés« qu’ils peuvent être lassés de leur mandat, d’être entourés d’opprobre, d’être considérés à priori comme élus donc suspects. Pourtant, ils peuvent être fiers de leur mandat. Ils ne doivent plus froisser leur casquette devant le Préfet, il n’y a pas d’humilité à avoir, il n’y a pas à s’excuser d’être un élu, et surtout pas d’être élu local ». Il encourageait à exercer « cette responsabilité discrète, ingrate et cependant nécessaire, c’est à travers la commune que s’exprime, avec les moyens du bord, ce que nous appelons de deux grands mots : la solidarité nationale ».
« Le seul fait de désirer représenter son pays comme un honneur qui donne à une famille une juste réputation, il faut préserver cela, ce n’est pas une vanité, le sentiment du devoir accompli, c’est très important pour qu’une collectivité nationale persévère et dure dans son être ».

Il considérait que la démocratie municipale suppose la proximité, le contact, les rencontres fréquentes avec les citoyens. Sa connaissance si profonde et si précise de la terre française, il l’avait largement puisée auprès de ses élus.

C’est dans la Nièvre que l’idée de la décentralisation a, dans sa dimension politique, germé dans la tête de FM. Ces écrits en font foi ; si on se souvient de cette belle formule :
« J’ai pris le pouvoir pour vous le rendre », on ignore souvent qu’elle naquit au Conseil Général de ses débats avec le Préfet :

« Il est absolument impensable, disait-il, qu’un conseil général ne puisse détenir à lui seul le droit de prendre une décision. Nous ne sommes pas ici pour organiser un syndicat de nantis et de gens en place. Nous entendons suivre le sort des décisions que nous prenons. Je formule cette demande par rapport à une certaine conception de la démocratie en France. Vous avez parlé, M. le Préfet, de nantis. De quels nantis s’agit-il ? Le mot m’a irrité.

Il y aura décentralisation, ajoutait-il, que lorsque les collectivités locales seront gérées par leurs élus, lorsque face à l’administration existera un pouvoir local de décision ou de contrôle ».

Il y eût Epinay, congrès référence, congrès légendaire. Le 11 juin, il n’avait pas sa carte du Parti Socialiste et siégeait au banc des non inscrits à l’Assemblée Nationale ! Elu Premier Secrétaire du Parti Socialiste, il intégra la Cité Malesherbes puis il fit le tour de France des sections. Bien ou mal reçu, il est partout, parle et séduit.

Il s’est immunisé contre les aléas de l’opinion et les traquenards de la réaction. La machination odieuse de l’Observatoire achève de tremper son caractère.

Dans le même temps, il avait acquis, plus fermement que d’autres, la certitude que le redressement de la Gauche non communiste se ferait avec l’alliance, avec le PC. C’était un pari audacieux mais qui devenait acceptable par les siens, depuis le nouveau pacte électoral de discipline républicaine de 1967.

Pourtant, il avait adhéré assez tard au PS et son cheminement fut long. Il fut lent mais sincère. Il comprit que l’alternance, dont la France avait besoin, ne pouvait se faire sans que se constitue une grande force, capable d’occuper une place centrale dans l’échiquier politique.

« Je ne suis pas né à Gauche, encore moins socialiste. Il faudra beaucoup d’indulgence aux docteurs de la loi marxiste, dont ce n’est pas le péché mignon, pour me le pardonner ».

« Ce que j’ai appris en captivité a raccourci pour moi la distance. Non je n’ai pas rencontré le dieu du socialisme au détour du chemin. Je ne me suis pas jeté à genoux et pleuré de joie. Le socialisme n’a pas de dieu mais il dispose de maîtres de la pensée et de l’action qui résistent aux complaisances de l’esprit et poursuivent leur quête des faits et des causes, leur approfondissement des mécanismes économiques et sociaux avec l’admirable scrupule de la science ».

Il a dû affronter une double gageure et la résoudre : d’abord, rassembler la Gauche non communiste, ensuite s’allier avec les communistes à condition de les réduire.

« S’il y a un énorme parti communiste et un tout petit parti socialiste, le parti communiste aura beau promettre toutes les libertés du monde, qui l’écoutera ? »

Il fallait créer une force de Gauche capable de ramener l’électorat communiste à de plus justes proportions. Cette force était exsangue. Il fallait la reconstruire en partant de ce qui existait, c'est-à-dire de la SFIO, certes essoufflée, pour beaucoup discréditée mais qui avait une histoire, portait une tradition, offrait un cadre d’organisation. Il réussit dans ce cadre renouvelé à marier la tradition marxiste à la volonté réformiste et l’innovation sociale. Mariage fécond faisant passer les socialistes de la culture de l’opposition à l’intelligence du pouvoir. Il a familiarisé l’opinion à cette perspective de la victoire de la Gauche.


 

Elu le 10 mai 1981, il dédie son discours d’investiture « à ces millions de femmes et d’hommes, ferment de notre peuple, qui deux siècles durant, dans la paix et la guerre, par le travail et par le sang, ont façonné l’histoire de la France ». Il pense à la Révolution, source du socialisme et cite le peuple, fidèle en cela à Jaurès. Il le cite explicitement en célébrant cette nouvelle alliance du socialisme et de la liberté. Il pense à l’histoire dont il écrit une page importante, celle d’une Gauche conquérante qui va porter l’ébauche d’une réforme de la société. Elle se doit de poursuivre, d’aller plus loin dans le progrès social. Elle ne le fera qu’unie et regroupée dans un grand projet, nourri depuis la base.

Il pense aussi, le 10 mai 1981, au long chemin parcouru, parti de nos terroirs, là où tout a commencé, comme l’a si bien dit Danielle, sur lesquels il s’est appuyé au début de sa longue marche, aux habitants de la France : aux élus, qu’il conseillait gentiment sans les heurter « Permettez-moi d’être habile » me disait-il, aux militants, aux citoyens. Je ne peux m’empêcher de reprendre ses paroles au Congrès des Maires, en novembre 1994, et je terminerai là-dessus, car je crois que c’est la plus belle conclusion : « on ne peut rien faire avec la France si on ne l’aime pas. Qu’est-ce que vous faites, vous les élus, tous les jours ? Dans vos paysages, vos collines, vos montagnes et vos plaines, il arrive des moments de votre vie où vous vous arrêtez, vous regardez autour de vous, vous respirez l’air délicieux de cet automne et vous vous dites « comme il fait bon vivre chez nous », même s’il y a trop de malheur, trop de tristesse, trop de détresse. Voilà la France qu’il faut servir. C’est ce que vous faites, Mesdames et Messieurs, alors bon courage et bonne chance. »