Commune de CHATEAU CHINON

Site officiel de la Commune de CHATEAU CHINON VILLE


HISTOIRE DE CHATEAU CHINON

RENE PIERRE SIGNEPar René-Pierre Signé - Sénateur Honoraire

Château-Chinon, juchée au cœur du massif morvandeau, est la ville du Morvan « la plus typiquement morvandelle ».

L’étymologie de Château-Chinon reste imprécise. Des diverses hypothèses avancées, certaines assez fantaisistes, Can-nein, la cime blanche en gaélique, semble bien la plus vraisemblable et admise par le plus grand nombre d’historiens. Il est vrai qu’au milieu de collines boisées et noires, (Morvan signifie montagne noire) Château-Chinon habitée, siège d’un oppidum, devait, en hiver, sous la neige, se détacher en blanc sur l’horizon et les hivers étaient longs !

Oppidum gaulois pendant l’indépendance gauloise, forteresse romaine ou tout au moins ouvrage de défense rudimentaire, cette position stratégique devant Bibracte ne fut jamais délaissée.

Si l’on fait abstraction du Vicus Icaunae, village de l’Yonne, dont il est fait mention sur des monnaies mérovingiennes et qui pourrait bien correspondre à Château-Chinon, le document le plus ancien qui mentionne notre ville et son prieuré Saint-Christophe dépendant des bénédictins de Cluny, date de 1076. Château-Chinon appartint longtemps au diocèse d’Autun, même si le Nivernais fut détaché de la Bourgogne dès le VIème siècle.

Cette grosse bourgade se développa progressivement et entra dans le temps de la féodalité pour devenir une seigneurie importante, au vaste territoire, aux nombreux fiefs et aux cinq baillages. Autour d’un château féodal, dominant la ville, remplaçant les ouvrages de défense gallo-romains, se construisit une ville qui a encore aujourd’hui gardé cet aspect particulier d’amphithéâtre où les maisons et les rues escaladent la colline.

Des évêques d’Autun, Château-Chinon passa sous l’autorité de nobles seigneurs. Par mariages ou cessions, se succédèrent des familles de haute lignée : famille de Mello, de Brienne, de Bourbon puis de Bourgogne. S’ouvrirent alors des temps calamiteux. En 1475, Charles le Téméraire, fort occupé par le siège de Neuss en Prusse, fut attaqué par les troupes de Louis XI, commandé par le Dauphin d’Auvergne. Le site de cette bataille reste incertain. On sait que le combat s’engageât en un lieu appelé Guy, proche de Château-Chinon. Il s’agit peut-être du village Guy-lès-Château-Chinon, aujourd’hui disparu, situé à quelques encablures de la ville où se trouve actuellement la Chapelle de Montbois. Là se trouve peut-être le lieu de la bataille. C’est, en tout cas, une hypothèse très défendable et même plausible.
C’est à cette époque que le château fut détruit. Ses pierres serviront à la construction de la porte Notre-Dame. Le Téméraire mourut deux ans plus tard, le 5 janvier 1477, et Marie de Bourgogne, sa fille, épousa Maximilien Archiduc d’Autriche. Elle lui apporta en dot la terre de Château-Chinon, ce qui fut effectif après d’assez longs démêlés.

En 1517, la seigneurie de Château-Chinon fut cédée à la duchesse de Longueville et donc à la famille Orléans-Longueville mais ses malheurs n’étaient pas pour autant finis. Château-Chinon allait encore souffrir longtemps. Il fallut surmonter un siècle de malheur - ce siècle qui, disait Agrippa d’Aubigné, avait Satan pour nourrice- pour retrouver une certaine sérénité. En avril 1588, une terrible épidémie de peste ravagea la ville, il y eut peu de survivants. Il est probable que les habitants avaient précautionneusement fui la ville. En 1591, la guerre civile, alimentée par les guerres de religion, lui fit subir un siège qui dura un mois. Château-Chinon fut enlevé par les troupes protestantes du maréchal d’Aumont, dont l’artillerie avait pris position à la hauteur de la rue Charles Boulle actuelle d’où son pilonnage ouvrit de larges brèches.

 En 1664, la famille Savoie-Carignan devint la propriétaire de la ville et la dernière famille ayant acquis Château-Chinon est la famille Mascrani, par Louis de Mascrani, en 1686, qui la posséda jusqu’à la Révolution où elle fut confisquée, en l’an III de la République.

La ville de Château-Chinon traversa la Révolution au milieu des turbulences inhérentes à cette période troublée. Elle reçut, en avril 1793, la visite de deux virulents montagnards : Laplanche et Collot-d’Herbois qui, après avoir ordonné un autodafé au pied de l’arbre de la liberté de tout ce qui rappelait l’ancien régime, firent arrêter les parents d’émigrés et les prêtres réfractaires. Château-Chinon bénéficia, bien entendu, d’un baptême républicain qui la dépouilla du mot Château, prohibé à l’époque. Elle devint Chinon-la-Montagne par délibération du 26 avril 1793.

La création des communes, des cantons et des districts remonte à l’Assemblée Constituante. Après avoir été à la tête du district, Château-Chinon devint la capitale d’un arrondissement, et l’est resté.

On peut s’étonner qu’à Château-Chinon, il y ait deux communes : Château-Chinon- ville et Château-Chinon- campagne, ce qui est une anomalie assez singulière en France. On peut même y ajouter une 3ème commune puisque à l’origine, il y avait même Château-Chinon-rural. Cette organisation particulière a perduré, ce qui ne manque pas de surprendre car elle a disparu dans d’autres cités. Son origine tient à la crainte des habitants de la ville de perdre les privilèges qu’ils avaient acquis en matière de fiscalité et de droit en élargissant le périmètre de la ville, englobant ainsi les hameaux qui l’entouraient. Château-Chinon intra-muros, par prudence, voulu conserver ses acquis. Cette anomalie est maintenant plus gênante qu’utile pour la gestion de cette petite communauté urbaine qui a bien des structures communes.

A partir de la Révolution, l’histoire de Château-Chinon se confond avec l’histoire politique de la France, à travers les Empires et les Républiques. Château-Chinon, chef-lieu d’arrondissement, est une des plus petites sous-préfectures de France mais reste cependant la modeste capitale d’un pays, le Morvan, qui comme la Limagne ou la Beauce, n’a ni base politique ni base administrative, seulement délimité, de façon d’ailleurs imprécise, par la géographie et la géologie.

Le suffrage universel apporté par la Révolution, même s’il subit ensuite de nombreux empiétements, plaça toujours à la tête de la ville des maires politiquement de Gauche. Son plus grand honneur a été de donner, à la France, un Président de la République, qui était son maire. « J’ai été pendant 22 ans maire d’une petite ville, Château-Chinon, avant que ma carrière ne fût interrompue -certains diraient brisée- par mon élection à la Présidence de la République ». François Mitterrand, qui fût certainement le Château-Chinonais le plus illustre, avait administré la ville avec beaucoup de bonheur et lui avait redonné son rang de petite capitale. Il ne cessa, après son élection à la Présidence de la République, de s’intéresser à elle et sût aider la municipalité qui lui a succédé à faire de Château-Chinon une cité active en lui redonnant une place plus conforme à son histoire ancienne et contemporaine.

François Mitterrand a fait pour la notoriété de Château-Chinon plus que tous les efforts successifs et méritoires de tous les syndicats d’initiative. Pierre Bérégovoy racontait volontiers une anecdote qui traduit bien la notoriété de notre petite ville. Etant reçu par le Premier Ministre Japonais, celui-ci lui dit : « M. Bérévogoy, je vous connais, vous êtes Maire de Nevers, mais Nevers je sais où c’est, c’est à côté de Château-Chinon ! ». Il ne s’agit pas d’alimenter notre gloriole mais de confirmer, s’il en était besoin, que Château-Chinon bénéficiât largement de la présence de François Mitterrand et de l’affection qu’il portait à sa ville. Sa fidélité l’amenait à l’évoquer fréquemment dans ses propos, où il pouvait compter ses amis sur les doigts des deux mains, il venait se ressourcer dans le calme et la sérénité du Morvan « C’est ici que tout a commencé Il est vrai que le pays la lui rendait bien. Même aux pires moments de sa carrière» disait Danielle Mitterrand C’est à partir de Château-Chinon et des enseignements qu’il tirât de son mandat de Maire- et d’abord l’union de la Gauche, expérimentée à Château-Chinon- et de Président du Conseil Général de la Nièvre qu’il conçut les grandes lois qui marquèrent le début de son septennat, et qui allaient remodeler, pour une bonne part, notre société. Comme Léon Blum et selon le mot de Jaurès il établit un « ordre social moins contradictoire à l’homme que l’ordre présent ». « J’ai pris le pouvoir pour vous le rendre », est un slogan de sa campagne, annonçant la décentralisation. Suivirent des mesures sociales dont la nécessité s’était imposée à lui pendant son mandat de député : retraite à 60 ans, 5ème semaine de congés payés, réduction du temps de travail, lois Auroux, libéralisation des ondes …

Château-Chinon, qui n’avait pas jusqu’alors vu naître ou habiter d’hommes célèbres, atteignit, avec F.Mitterrand, au premier essai si l’on peut dire, le sommet de la hiérarchie républicaine.

Avant lui on peut noter, dans ce chapitre, Jean Sallonnyer ( mais est-il vraiment né à Château-Chinon même s’il y fut domicilié ? ) qui fut le promoteur du flottage de bois à bûches perdues, c’est-à-dire jetées dans la rivière, en particulier dans l’Yonne, pour être ensuite entraînées jusqu’à Paris. Ce système se perfectionna, au fil du temps, avec des étangs de retenue dont l’eau, lâchée en même temps que les bûches, provoquait le «grand flot » plus puissant et plus efficace. Ces bûches, rassemblées en aval à Clamecy, étaient conduites en radeaux à Paris pour servir de bois de chauffage. L’exploitation des mines fit péricliter puis disparaître cette activité. Elle avait connu son apogée dans la première moitié du 19ème siècle et concouru à freiner l’exode rural.

A citer, toujours dans cette rubrique, Bazot, un grammairien connu au 18eme siècle, et un poète versificateur, l’abbé Cassier, qui mérite mieux que l’oubli dans lequel il est tenu.

La carrière de François Mitterrand mérite un développement particulier et une page lui sera consacrée. Après sa mort, Château-Chinon a perpétué son souvenir. Tous les 10 mai est commémoré la victoire de 1981 et son accession au pouvoir. Ce souvenir reste très vivace et le musée du septennat attire encore chaque année, comme si le temps s’effaçait bien peu, trente mille visiteurs. La Fontaine animée de J.Tinguely et Niki de Saint-Phalle ne lui cède en rien.
Après la mort de François Mitterrand, Château-Chinon est entrée à nouveau dans l’anonymat des petites villes sans histoire. Mais elle est restée une cité active et la proximité de Bibracte lui fait revivre une histoire plus ancienne, autour de cette ville gauloise puis gallo-romaine où César écrivit « la guerre des Gaules ». Ce Morvan, trop méconnu, est bordé par deux collines que l’on pourrait, par référence à Barrès, appeler « inspirées », puisqu’elles ont eu rendez-vous avec l’Histoire ; Vézelay, au nord, où Saint-Bernard prêcha la deuxième croisade et Bibracte, au sud, où Vercingétorix reçut l’allégeance des Eduens, tous mobilisés contre l’envahisseur romain, et où se réalisa donc l’ébauche de la première unité nationale. Oserait-on y ajouter la colline de Château-Chinon ? De là François Mitterrand regardait l’horizon vaporeux et pouvait dire « L’âme de la France, inutile de la chercher, elle m’habite.

Ses sites naturels

Château-Chinon accroche ses toits d’ardoises aux pentes du Calvaire et domine des collines qui culminent, à l’Est vers le Haut Folin et le Mont Beuvray. Elle surplombe une région vallonnée où, dans un jeu d’ombre et de lumière, dominent toutes les nuances du vert.

« Un des plus beaux panoramas que l’on puisse voir » (Elysée Reclus).

Un grand nombre de promenades, de randonnées, de circuits touristiques sont proposés aux alentours de la ville, laissant largement profiter du magnifique patrimoine naturel et historique, en particulier le circuit du Calvaire et les ruines du château médiéval.

Son patrimoine

- Un espace François Mitterrand a été créé sur le circuit de la Promenade qui ceinture le Calvaire. Lieu de mémoire et de recueillement où François Mitterrand aimait contempler ce paysage de France ; un grand balcon qui, depuis le Morvan, embrasse un large horizon ouvert vers l’Ouest et s’abaissant vers le Nivernais.

- le
Musée du Septennat, installé dans l’ancien couvent Sainte Claire abrite la collection d’objets offerts à M. François Mitterrand au cours de ses deux mandats. Il en a fait don au Département de la Nièvre avec mission de les exposer à Château-Chinon, sa ville d’élection, sa ville.

- le
Musée du Costume jouxtant le Musée du Septennat, offre aux visiteurs une riche collection de costumes, robes et vêtements du XVIè et XXè siècle

- la Fontaine animée de Nicki de Saint Phalle et de Jean Tinguely, une des cinq fontaines qu’ont créées ces deux artistes ; elle apporte une note gaie et colorée, une sorte de clin d’œil souriant à notre ville.